Simone Veil : une vie pour la mémoire

par | Juil 27, 2018 | Histoire | 0 commentaires

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Nous avons tous entendu parler de travail de mémoire, que ce soit pendant nos études ou à la télévision. Certains le trouvent juste, d’autres s’en fichent. Mais une chose est sûre, le travail de mémoire nous permet de ne pas oublier les événements heureux comme malheureux de l’histoire. Une femme en particulier, a décidé de consacrer son énergie au travail de mémoire : Simone Veil. 

La déportation.

Simone Veil a grandi dans le sud de la France, à Nice. Elle est arrêtée le 30 mars 1944 par la Gestapo avec sa mère et sa sœur. Elle part pour le camp d’Auschwitz. Son autre sœur, Denise, fut également arrêtée. Son père ainsi que son frère sont eux aussi déportés, mais pas à Auschwitz. Ils partent en Lituanie. Elle ne les reverra jamais.À Auschwitz, Simone Veil n’échappe pas au travail forcé. Plus tard, elle et sa sœur travailleront dans une annexe du bâtiment. Au début de l’année 1945, elles partent vers un autre camp, Bergen-Belsen, suite à l’avancée de l’armée soviétique. Plus tard, Simone perd sa mère, emportée par le typhus et l’épuisement. Seules Simone Veil et ses sœurs rentreront en France lors de la libération des camps, le reste de leur famille ayant disparu ou n’ayant pas survécu. Lorsqu’elle rentre en France, la jeune femme se sent comme exclu. Nombreux sont les survivants des camps qui ressentent le besoin de parler. Mais à l’époque, beaucoup préfèrent oublier : « Beaucoup de nos compatriotes voulaient à tout prix oublier ce à quoi nous ne pouvions nous arracher… Nous souhaitions parler, mais on ne voulait pas nous écouter », confiait-elle.
Profondément marqué par la Shoah, il est difficile pour Simone Veil de ne pas y penser : « Pour les anciens déportés que nous sommes, il n’y a pas de jours où nous ne pensions à la Shoah ». Pourtant, le souvenir est là, bien présent dans les esprits. Mais trop douloureux et trop difficile d’y faire face pour de nombreuses personnes, préférant alors oublier.Même si Simone Veil ne parle pas, elle garde en mémoire cette période sombre de sa vie. Elle n’en parlera ouvertement qu’après sa carrière politique. 

Un souvenir impossible à effacer.

C’est en 2000 qu’est créée la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Simone Veil en est la première présidente. L’objectif de cette fondation est de garder en vie la mémoire de tous ceux ayant péri dans les camps, garder la mémoire de la Shoah vivante. Simone Veil considère qu’il est un devoir en tant que rescapé des camps de parler, de témoigner et d’expliquer ce qu’il s’est passé aux jeunes générations. Elle retournera même à Auschwitz en 1994 pour marquer le 50e anniversaire de la libération du camp. En réponse à la question d’un journaliste « vous avez quitté Auschwitz, mais est-ce qu’Auschwitz vous a quitté ? », elle répondra « non ». Simone Veil a donné plusieurs discours, pour maintenir la mémoire de la Shoah, mais aussi pour mettre en garde les jeunes générations : « Nous, les derniers survivants, mes camarades, nous avons le droit et même le devoir, de vous mettre en garde, et de vous demander que le ‘Plus jamais ça’ de nos camarades devienne une réalité ». Un travail de mémoire et aussi une mise en garde pour préserver la paix. 

Parler et témoigner pour ne pas oublier.

C’est là toute la grandeur du travail de mémoire. Le but n’est pas uniquement d’organiser des cérémonies commémoratives avec des fleurs, de la musique et des personnalités politiques. Il y a tout un processus de souvenir et de mise en garde. Les événements tragiques de l’histoire sont commémorés pour ne pas oublier que de telles catastrophes sont arrivées et que c’est notre devoir d’empêcher qu’elles se reproduisent. Le travail va au-delà des cérémonies. Ce sont des témoignages, des paroles et des souvenirs des rescapés qui ne partiront jamais.Commémorer est une responsabilité morale. Mais attention. Notre rôle n’est pas de souffrir pour des événements passés auxquels nous ne pouvons rien changer. Il ne s’agit pas de ramener une souffrance passée dans le présent, mais simplement de garder en tête que des choses horribles se sont produites et que des gens sont morts soit en la combattant, soit parce qu’ils étaient jugés différents. Et c’est notre rôle de veiller à ce que ces souvenirs ne s’effacent pas. C’est notre rôle de veiller à ce que de telles tragédies ne se reproduisent pas. Car nous avons le pouvoir de décider et d’agir pour le bien de tous. C’est ce qu’a fait Simone Veil en partageant son expérience et en témoignant de ce qu’elle a vécu à Auschwitz. C’est une femme qui s’est non seulement battue pour garder la mémoire de la Shoah en vie et pour que l’on n’oublie pas les disparus, mais aussi pour le droit des femmes. 

La loi Veil.

Simone Veil c’est aussi une loi, adoptée en 1975. La loi Veil qui permet aux femmes d’accéder au droit à l’avortement. Devant l’Assemblée nationale le 26 novembre 1974, elle déclara : « Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme — je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame ». 40 ans plus tard, jour pour jour, l’Assemblée nationale vote, avec une très forte majorité, une proposition de résolution ayant pour but de réaffirmer le droit à l’IVG en France. Une très belle façon de commémorer la loi Veil.Le discours de Simone Veil à l’Assemblée nationale
Décédée le vendredi 30 juin 2017 à l’âge de 89 ans, Simone Veil aura marqué toute une époque de par son parcours, son engagement politique et sa vie. Son histoire, liée à la Shoah, elle a décidé de la partager, pour ne pas oublier, mais aussi pour prévenir qu’une telle barbarie ne doit pas se reproduire. Elle aura été la femme derrière la loi autorisant le droit à l’avortement en France. Une femme courageuse et une femme marquée par sa déportation à Auschwitz. À l’occasion du 60e anniversaire de la libération des camps, Simone Veil déclara : « Soixante ans plus tard, je suis toujours hantée par les images, les odeurs, les cris, l’humiliation, les coups et le ciel plombé par la fumée des crématoires« . Le travail de mémoire doit se poursuivre, pour ne pas oublier les victimes, mais aussi pour ne pas oublier la liberté dans laquelle nous pouvons vivre aujourd’hui.

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