Menace terroriste : comment préserver son équilibre émotionnel ?

par | Jan 4, 2018 | Premiers Secours Psychologiques | 1 commentaire

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L’équilibre émotionnel de chacun est une chose très importante et à laquelle il faut accorder une attention particulière. Notre quotidien est régi par diverses actions, qui peuvent nous conduire à ressentir de l’anxiété, voir du stress. La menace terroriste vient s’ajouter à un quotidien déjà bien rempli d’émotions. Comment faire pour se protéger et préserver son équilibre émotionnel face à cette menace constante ?

 

Des individus « psychiatriquement malades » ?

Mais avant de développer ce sujet parlons un peu de psychiatrie. Beaucoup de personnes se posent des questions quant à la motivation derrière des actes aussi violents. Qu’est-ce qui pousse un individu à commettre un attentat ? Comment ces individus peuvent-ils commettre des actes d’une telle barbarie sans ressentir des émotions ? Est-ce que ces actes sont le résultat d’une ou plusieurs pathologies mentales ? Des questions légitimes auxquelles plusieurs experts ont apporté des réponses.

L’émission Télé Matin à consacré une émission spéciale juste après les attentats du 13 Novembre 2015. Vous pouvez retrouver un court extrait de l’émission en-dessous de ce paragraphe. Dans cet extrait, les deux journalistes expliquent pourquoi certaines personnes décident de passer à l’acte, notamment grâce à l’aide d’un psychiatre, le docteur Lauru. Ce passage de l’émission nous indique que ces individus sont entrainés et programmés pour commettre des actes d’une grande violence, sans ressentir d’émotions (le cas de conscience). Pour répondre à la question « ces individus sont-ils psychiatriquement malades ? », la réponse est non.

Mais même s’ils ne présentent pas de pathologies mentales, ils peuvent néanmoins se distinguer en deux catégories. La première est un passé lié à la délinquance. Ces personnes se radicalisent en adoptant une certaine idéologie alors qu’ils ont peu de pratique religieuse. La deuxième catégorie est en lien avec une personnalité fragile. Ils vont alors tomber dans une idéologie, vont se sentir fort et oublier leurs faiblesses. Ils se sentent exister, avec une mission à accomplir. Les notions de bien et de mal n’existent plus et le sens critique disparaît.

Le docteur Lauru, interviewé dans ce court extrait, ne parle pas de pathologie mentale mais de « faille psychologique ». Selon lui la haine des autres vient d’une haine de soi.

SI vous souhaitez en apprendre davantage, vous pouvez regarder l’extrait de l’émission juste en-dessous.

Une haine de soi qui mène à une destruction des autres. Même si l’impact physique d’un attentat touche peu de personnes, l’impact psychologique est lui beaucoup plus vaste. Il peut toucher les adultes comme les enfants, les victimes directes et des personnes vivant à des centaines, voire des milliers de kilomètres. Des troubles émotionnels peuvent faire leur apparition, qui s’ils ne sont pas pris à temps peuvent avoir des conséquences sur notre vie quotidienne.

 

Des états émotionnels variés.

Lorsque nous écoutons les actualités, nous nous imprégnons d’une ou plusieurs situations traumatisantes sans forcément s’en rendre compte. Cependant, ces actions qui peuvent sembler anodines peuvent nous mettre dans un état de peur, voire de panique. Face à ce que nous entendons et voyons à la télévision ou sur internet, nous sommes à risque de développer des troubles. Ces troubles peuvent apparaître très vite ou se développer quelques mois, voire années plus tard. Parmi ces troubles nous trouvons l’anxiété, le stress et le traumatisme. L’anxiété est une émotion qui se traduit par une grande inquiétude. Le stress est un mécanisme qui se d’éclanche lorsque notre organisme doit s’adapter à une nouvelle situation. Quant au traumatisme, qui est un choc émotionnel, il se déclenche à la suite d’un événement extrêmement stressant qui a provoqué une peur intense.

Imaginons par exemple, que vous rentrez chez vous à la fin de votre journée de travail. Vous regardez la télévision et vous apprenez en direct qu’il y a eu un attentat. Les premières images commencent à être diffusées où vous pouvez voir des personnes allongées sur le sol et entendre des bruits de coups de feu. A ce moment-là vous pouvez ressentir de la peur et de l’angoisse face aux images qui défilent sous vos yeux. Ensuite vous décidez d’aller vous coucher et de prendre votre téléphone ou votre tablette avec vous. Là encore vous tomber sur des images et des vidéos de l’attentat, et vous décidez de les regarder. Dans les jours qui suivent, l’actualité va se concentrer sur l’attentat, diffusant en boucle des images, des vidéos et des sons que l’on peut retrouver à la télévision et sur internet. A force de voir et revoir ces images et vidéos, vous êtes à risque de développer de l’anxiété qui peut se transformer en mauvais stress. Vous pouvez également être traumatisé par ces images et ces sons. Il n’y a pas besoin d’être témoin direct d’un attentat ou d’un événement tragique pour en être affecté, voire traumatisé. Plusieurs signes peuvent vous alerter sur l’un de ces troubles.

 

Des signes qui ne trompent pas.

Il est tout à faire normal de sentir anxieux, d’avoir peur et d’être triste après ce genre d’événement. Nous pouvons également être en état d’hypervigilance. Ces états nous demandent une grande énergie. Une énergie que nous dépensons à perte et qui nous fatigue énormément. Ces troubles s’accompagnent de symptômes qui peuvent vous aider à reconnaître ce qui ne va pas. L’anxiété, si elle perdure, peut devenir une souffrance pour celui qui vit avec. Vous pouvez avoir des moments où vous sentez que l’angoisse monte, sans raison et n’importe quand. Vous pouvez même avoir des crises de panique. Vos proches, vos amis ou vos collègues peuvent vous aider à détecter un stress qui devient mauvais et qui s’installe dans le temps, comme une irritabilité, des troubles du sommeil, une énergie qui vous n’arrivez pas à récupérer (on se sent fatigué, voire complètement épuisé), on se sent surchargé de travail, de tâches ménagères, voire même de pensées et incapable de tout gérer. Il faut être très attentif à ces signes, car s’ils perdurent il y a un risque de burn out qu’il vaut mieux prévenir.

Un autre stress peut faire son apparition, le stress post-traumatique. Celui-ci apparaît après un choc émotionnel (traumatisme) et est différent du stress que l’on rencontre dans nos vies quotidiennes. Le stress post-traumatique est un trouble psychologique qui se développe à la suite d’un événement traumatisant, alors que le stress que j’appellerais « standard » (le stress quotidien), est un mécanisme et une réponse de l’organisme afin de s’adapter à quelque chose de nouveau. Un stress post-traumatique peut se traduire par des insomnies, une irritabilité, une violence physique et verbale, un changement de comportement, une augmentation de la consommation de tabac, d’alcool ou de drogue et peut conduire à une dépression. Il est également important de mentionner l’état de peur, de panique, qui s’installe. Voici un article, disponible sur le site Slate.fr, qui traite de ce sujet. Vous pouvez le lire en cliquant ici.

Nous aurons chacun notre propre façon de réagir face à un attentat. Nous réagissons tous différemment face à l’anxiété, au stress et au traumatisme. Par conséquent, il faut garder à l’esprit que nous aurons des symptômes différents. Si vous pensez être dans un état qui nécessite de l’aide, consultez un médecin.

 

Protéger son équilibre émotionnel.

Nous sommes très nombreux à faire du sport, du yoga, à lire un bon livre avant d’aller dormir, à regarder un film ou une série tout en étant détendu sur notre canapé. Ce côté bien-être est présent dans beaucoup de routines et nous aide à relâcher la pression de la semaine, à vider notre tête, à moins penser et à se focaliser sur notre bien-être physique et mental. Lorsqu’un attentat se produit, qu’il soit proche ou éloigné de notre foyer, nous sommes touchés. Nous vivons avec une menace terroriste et nous sommes donc plus enclins à développer des troubles (dont nous avons parlé dans le paragraphe précédent). Il existe plusieurs techniques simples à mettre en pratique afin de se protéger et de préserver son équilibre émotionnel face à ce que nous vivons.

Reprenons l’exemple de tout à l’heure. Votre journée de travail est terminée et vous rentrez chez vous. Au lieu de regarder la télévision, vous choisissez de lire un ou plusieurs articles sur l’actualité du jour, encore très focalisé sur l’attentat qui s’est produit. Cela peut être avec un journal ou sur internet, mais vous prenez soin d’éviter de regarder les vidéos. Ainsi vous êtes au courant de l’actualité tout en vous protégeant d’images, de vidéos et de sons qui pourraient vous heurter.

Si l’émotion vous gagne, laissez-la venir. Que ce soit de la colère, des larmes, ou du désespoir, il faut laisser ces émotions sortir. Il faut mettre des mots sur ce que l’on ressent. L’important est d’éviter de refouler ce que vous ressentez, il faut donc faire face à ce que nous ressentons. Je suis sûre que vous allez me dire : « oui c’est bien beau de dire qu’il faut faire face à nos émotions, mais ce n’est pas facile à faire ». Et je suis d’accord avec vous. C’est pour cette raison qu’il est très important d’être entouré lors d’événements tragiques d’une telle ampleur. Vous pouvez être avec vos amis, votre famille, ou tout simplement dans la rue, être rassemblé sur une place à faire des free hugs (câlins gratuits). L’important c’est que vous soyez entouré. Ne rester pas dans votre coin à ruminer et à pleurer seul. Ouvrez-vous, et laissez sortir ce qui vous pèse.

Il est aussi très important que vous vous occupiez de vous, que vous vous vidiez la tête. Vous pouvez par exemple prendre un bon bain chaud, vous divertir avec un film ou un livre, faire du sport, du yoga ou méditer. Il y a mille et une façons de se détendre. A vous de trouver celles qui vous feront du bien. Je vous partage le lien d’un deuxième article, provenant du site de l’Express, qui explique de façon claire et simple comment ne pas céder à la panique et pourquoi il faut prendre du temps pour soi. Pour le lire rendez-vous ici.

Pour résumer

  • L’impact psychologique de la menace terroriste est très vaste
  • Des troubles émotionnels peuvent apparaître, qui s’ils ne sont pas pris à temps peuvent s’aggraver
  • Ces troubles nous demandent beaucoup d’énergie et nous épuisent
  • Je ne le répèterai jamais assez, mais sachez qu’il n’y a pas besoin d’être témoin direct d’un attentat ou d’un événement tragique pour en être affecté, voire traumatisé

Ce qu’il faut faire :

  • S’informer raisonnablement : éviter de regarder trop de vidéos ou d’images qui peuvent vous heurter. Privilégier les articles.
  • Laissez sortir les émotions : ne refoulez pas ce que vous ressentez car plus vous refoulerez, plus ce sera difficile à gérer et à faire sortir.
  • Entourez-vous de vos proches : ne restez pas seul, soyez entouré de vos amis, de votre famille.
  • Parler: mettez des mots sur ce que vous ressentez.
  • Prenez du temps pour vous : accordez-vous des moments de bien-être.

Ce sont peut-être des choses qui peuvent vous paraître anodines, mais qui pourtant peuvent aider beaucoup de gens. J’ai malheureusement eu à faire face à plusieurs de ces troubles à la suite de l’attentat du London Bridge et de Borough Market le 3 Juin 2017 à Londres. Les jours et semaines qui ont suivi l’attentat ont été difficile, mais j’ai réussi à garder le cap. Même si les souvenirs ne partiront pas, je fais en sorte de maintenir l’anxiété, le stress et l’état d’hypervigilance au minimum. C’est beaucoup de travail car quelque part je lutte contre moi-même, mais j’apprends à gérer mes émotions.

Pour aller plus loin :

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Si vous travaillez dans le milieu de la petite enfance, cliquez-ici.

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