Ma vie avec le stress post-traumatique 2/3

par | Déc 6, 2018 | Résilience | 0 commentaires

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Le deuxième article de cette série consacré à ma vie avec le stress post-traumatique.

Comme je le disais dans le premier article, à la fin de l’été 2017 j’en avais marre de mon travail. Je voulais partir, travailler sur mon projet et être mon propre patron. Mais en réalité, c’était juste une raison pour en cacher une autre, la vraie, pour laquelle je voulais démissionner. La vraie raison pour laquelle je voulais partir de Londres, c’est parce que je n’en pouvais plus d’aller travailler dans une rue qui m’avait tellement choqué au mois de juin. Mais je me voilais la face. En fait, je me suis voilé la face pendant tout le temps que j’ai à Londres. Je pensais qu’une fois que la vie aurait repris son cours tout irait mieux, et ç’a été le cas. Pendant plusieurs mois, j’étais bien. J’étais toujours stressé, mais j’étais bien, et qui arrive à vivre sans être stressé ? Jusqu’au moment où tout est revenu, comme un gros coup de poing dans la figure. Ce coup de poing, c’est le stress post-traumatique. Comment est-il arrivé ? Je vais vous le raconter.

J’ai donné ma lettre de démission début janvier 2018. À ce moment-là, j’étais heureuse, et j’étais en même temps terrifiée. Je savais que je perdais un boulot salarié avec un salaire qui tombe tous les mois, et je savais que j’allais rentrer en France pour travailler sur mon projet et créer mon entreprise. Mais j’allais dans quelque chose qui était très flou. J’étais terrifiée et en même temps j’étais à la fois très heureuse et très excitée (that’s exiting comme diraient les Anglais), parce que je me rendais bien compte que le salariat n’était pas fait pour moi. Et surtout, cet attentat m’a fait prendre conscience que tout peut basculer d’un moment à l’autre, en une fraction de seconde, et qu’il faut vivre sa vie à fond et faire les projets qu’on a en tête, qu’importe ce que pensent les gens. Je donne ma lettre de démission et le mois de janvier passe. Entre-temps, j’avais eu quelques rendez-vous à Paris en rapport avec mon projet. À la fin du mois, on devait préparer l’assemblée générale de la section des femmes (women’s section) de la Royal British Legion avec ma collègue. Un sacré coup de stress ! Croyez-moi, ces femmes ne sont pas si gentilles que ça avec nous, et ont savaient (ma collègue et moi) que même si ont faisaient du mieux qu’ont pouvaient, ont allaient s’en prendre plein la figure. Du coup, on a eu un gros coup de stress, puisqu’il fallait que tout soit prêt pour le 1er février (et bien sûr, on nous a donné les informations à la dernière minute…). Mais on s’est bien débrouillés et tout était prêt. Ma collègue part pour la conférence et je reste à Londres. L’assemblée générale s’est bien passée, on peut enfin souffler. Sauf que… je ne souffle pas. Ce coup de stress, le genre de stress que tout le monde rencontre à un moment donné dans son travail, est là pour nous donner un coup de boost, dans ce cas-là préparer une assemblée générale. Une fois la tâche accomplie, il est censé partir, mais dans mon cas il est resté et même intensifier dans les jours qui ont suivi. Je n’avais plus aucun contrôle dessus. Si bien qu’en deux semaines, j’étais méconnaissable. Le stress a atteint un pic mi-février. Je dormais mal et pendant une dizaine de jours, toutes les nuits je faisais le même cauchemar où j’entendais des coups de feu, des sirènes, des gens crier, pleurer. Si bien que quand je me réveillais le matin j’avais mal à la tête. Et ça, ce n’était que le début.

Ensuite, les cauchemars se sont transformés. Il y avait les sons (coup de feu, sirènes, etc.) et mon cerveau a décidé que les sons tout seuls, ce n’était pas terrible. Donc il a décidé de rajouter des images, mais pas n’importe lesquelles. Il a rajouté les images du lundi d’après l’attentat (quand j’allais travailler et que la rue était bloquée) et les a combinés aux sons du samedi soir. Désormais, mon cerveau me faisait aller travailler dans la rue qui était bloquée par un barrage de policiers, avec des journalistes et des gens terrifiés avec pour bruit de fond des coups de feu, des sirènes et des gens qui crient et qui pleurent. Qu’est-ce qu’il est fort le cerveau ! Toutes les nuits, je me réveillais avec le sentiment que j’allais mourir, le cœur battant à 100 à l’heure, assise dans mon lit essayant de me cacher (j’avais pas encore conscience que c’était un cauchemar). Un matin, je me réveille, me lève et me regarde dans la glace. Que vois-je ? Des plaques rouges, dans le cou, sur les bras et le ventre. Et ça me gratte partout, toute la journée. Au bureau, c’était difficile de me retenir parce que ça me grattait de la tête aux pieds. J’essayais de me gratter le plus discrètement possible. Après les plaques rouges, places aux hallucinations auditives, les sirènes de police. Mais, je me dis : « c’est normal que je les entende, je suis dans le centre de Londres et des sirènes de police il y en a toutes les 10-15 minutes ». Je pensais qu’elles étaient réelles, jusqu’à un soir. Il était 19h30 et j’étais couché (c’était quasiment impossible de me reposer donc forcément j’étais épuisé). Pour être tranquille, je mets mes boules quies. 5 minutes après, j’entends des sirènes et je me dis : « Oh non, c’est pas vrai, ça recommence ». Du coup, j’enlève les boules quies et au moment où j’enlève mes boules quies, les sirènes disparaissent. Là, je me suis dit : « Il y a un problème dans mes oreilles ou dans ma tête ». Pendant 10 jours, j’étais persuadé que les sirènes que j’entendais étaient vraies, et là je me rends compte que c’est vrai, mais que c’est dans ma tête, mais je ne fais pas le lien avec l’attentat. Mon réflexe est de prendre mon manuel de premiers secours psychologique. Le hasard a voulu qu’un mois avant l’attentat du London Bridge, je m’inscrive à une formation de premiers secours psychologiques pour les civils et qui est aujourd’hui au centre de mon activité (j’en ai également suivi une deuxième pour l’armée). J’ouvre mon manuel et regarde à la section « anxiété » (puisque c’était comme ça que je me sentais). Je poursuis ma lecture et arrive au sous-chapitre consacré au stress post-traumatique. En lisant ce passage, tout commence à faire sens et je commence à relier mon mal-être, les cauchemars et tout le reste à l’attentat de l’année passée. Mais très vite, je me dis que le stress post-traumatique ne me concerne pas. Je pensais qu’il touchait uniquement les personnes qui se trouvaient sur place (les victimes, les témoins), et je n’étais pas une victime (je pense toujours que je ne suis pas une victime). Je referme mon manuel, en n’ayant pas vraiment avancé.

En attendant, je termine mon contrat à la RBL. Puis, vient l’heure du pot de départ. Un de mes collègues avec qui je m’entendais très bien avait donné sa démission en même temps que moi. Nous avions donc décidé de faire un pot de départ commun dans un pub. Je n’étais sorti qu’une seule fois un vendredi soir depuis l’attentat (trop peur que ça recommence, donc je préférais rester chez moi les soirs du weekend). Mais pour la fête de départ, je me suis forcé (et le pub se trouvait à 10 minutes à pieds de chez moi). Ce serait surement la dernière fois (avant longtemps) avant que je ne puisse revoir tout le monde. La soirée commence avec une pint, puis une deuxième. Je n’ai jamais été une grosse buveuse d’alcool (sauf pendant quelques soirées quand j’étais étudiante). Mais ce soir-là, au fur et à mesure que je buvais, je me sentais de plus en plus détendu, et il faut le dire, de mieux en mieux. Je me disais que c’était possible que des mecs débarque dans le pub et nous tue à coup de couteau, mais l’alcool faisait que j’étais ok avec cette pensée, j’étais bien. Puis, vient la troisième pint, offerte par mon collègue et là vous vous doutez que j’étais plus vraiment moi-même. Je ne tenais pas debout, mais je me sentais super bien. Ça faisait des mois que je ne m’étais pas senti aussi bien. La boule au ventre avait disparu. Tout ça grâce à trois pints. Comme j’avais du mal à marcher, mes collègues m’ont ramené chez moi. Le lendemain matin, je me réveille avec un gros mal de tête, tout en me disant que c’était une bonne soirée. Mais la boule au ventre était revenue, et le stress aussi. Je n’avais qu’une seule envie : oublier et passer à autre chose. J’ai tellement voulu oublier ce qu’il s’était passé, que c’est vraiment arriver. Mais dès que j’ai entendu des sirènes de police (pour de vrai), les souvenirs sont revenus, par fragments et quelque chose s’est passé en moi. À partir de ce moment-là, je ne ressentais plus rien. C’est arrivé quand je travaillais encore. J’allais au travail et je faisais ce que j’avais faire en mode « automatique ». Je ne pensais plus, je n’étais ni triste, ni heureuse, ni neutre. Il n’y avait plus rien en moi, plus d’émotions, comme si j’étais vide. Je ne me souviens plus combien de temps ça a duré, mais je sais qu’après mon dernier jour de travail, les émotions ont commencé à revenir, tout doucement.

Et puis, il y a eu une deuxième soirée. Cette fois-ci avec mes colocataires. J’allais quitter le Royaume-Uni pour repartir en France et il fallait quand même fêter ça. Du coup, on est allé dans un pub. Une pint, deux pints et une troisième (offerte par ma colocataire). Et ce sentiment de bien-être qui revient. Plus de boule au ventre, plus de stress, plus de prise de tête. Je sais qu’on peut être attaqué, mais honnêtement à ce moment-là je m’en fous. Je suis dans un état de lâcher-prise, je me sens bien et je veux que ça dure. Mes colocs m’aident à marcher pour rentrer. Le lendemain matin, je me réveille avec un gros mal de tête (encore). La boule au ventre et le stress sont revenus. Mais quelque chose change dans ma façon de penser. Je me lève, me regarde dans la glace et regarde une mine pitoyable. Moi qui d’habitude bois raisonnablement, je me rends compte que je suis en train de perdre le contrôle de moi-même. Bien que l’alcool me procure un bien-être et un sentiment de lâcher-prise total, je sais que si je continue comme ça, je suis foutu. Ce matin-là, je me sentais misérable, j’avais mal à la tête, mal à l’estomac, ça me grattait partout, j’étais épuisé et incapable de mettre un mot sur ce que je traversais. Une dépression ? Je ne pense pas. Un burnout ? Non plus. Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? Impossible de trouver une réponse, du moins pour le moment. Je me fais alors une promesse : ne plus jamais boire d’alcool de ma vie (et jusqu’à présent, je m’y tiens). Malgré la peur du jugement et du regard des autres, j’ai décidé de parler de mon mal-être . Mais pas à n’importe qui. J’en ai d’abord parlé avec ma mère. Je savais que j’avais besoin d’aide. Nous avons convenu que j’irai voir un médecin le lendemain de mon retour en France.

Je pensais que dès que je serai en France, tout irait bien, que j’allais enfin pouvoir avancer et me concentrer sur ComMemories. Mais bien évidemment, ça se passait du tout passé comme ça. Je vous raconterai la suite de mon histoire dans le troisième et dernier article de cette série.

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