Les autres victimes de violences conjugales et des attentats

par | Juin 9, 2020 | Premiers secours psychologiques pour les adultes, Premiers secours psychologiques pour les enfants | 0 commentaires

emplacement fenêtre

Bienvenue sur ComMemories ! Si vous êtes nouveau ici et que vous êtes parents, vous voudrez sans doute recevoir votre ebook " 3 Conseils indispensables à tous les parents pour aider vos enfants à mieux gérer leurs émotions " : cliquez ici pour le recevoir gratuitement. 

Merci de votre lecture et à très vite sur ComMemories !

Quand on parle des violences conjugales et des attentats, nous avons tendance à parler des personnes en premières lignes, des femmes et des hommes victimes d’insultes, de coups, des personnes décédées, des blessés graves. Mais nous parlons moins des autres, des enfants victimes eux aussi de ces violences, des habitants du quartier ayant vécu les attaques en direct et qui développent des troubles quelques mois ou années plus tard. Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de ces oubliés, qui ne devraient pas l’être, en me basant sur mes propres expériences.

1. Les violences conjugales.

Je l’ai déjà écrit dans un article dans lequel j’expliquais que j’ai eu deux traumatismes dans ma vie, le premier étant celui causé par mon père, ou plutôt mon géniteur. Mon géniteur est une personne très violente, psychologiquement et aussi physiquement. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette période de ma vie, lisez cet article en cliquant ici. Depuis 2017 et les mouvements #metoo et #balancetonporc, on parle beaucoup des violences faites aux femmes, du harcèlement envers les femmes et de violences conjugales. Mais je trouve qu’on parle peu des enfants. Dans une famille où il y a des violences conjugales, il y a certes le père ou la mère qui reçoit les coups, mais il y a aussi les enfants et mon histoire est liée à ça

Je ne suis pas une femme qui a été battue par son compagnon, je suis une femme qui a été traumatisée enfant par les violences de son géniteur. J’ai lu beaucoup d’articles et regardé plusieurs émissions où on parle de ces femmes, de comment elles ont finalement réussi à partir, du parcours judiciaire, de la reconstruction qui vient derrière. Et les enfants ? Car les enfants aussi passent par-là, sauf qu’eux ne doivent pas se reconstruire, mais se construire tout court et c’est très compliqué de se construire quand on a eu un tel exemple. Dans mon cas, les violences ont été psychologiques. Elles ont failli être physiques, comme je l’explique dans cet article. Ça a surtout été des insultes, des crises colères d’une très grande violence, mon géniteur entrait dans des états de folie incroyable en faisant claquer les portes, en tapant sur les murs, en cassant des objets même et il prenait du plaisir à me faire peur. C’est quelqu’un de très misogyne, qui voit les femmes comme des objets qui sont là pour faire le ménage, la cuisine et s’occuper du devoir conjugal.

Se construire avec cet exemple, car c’est une personne comme ça qui m’a en partie élevé, c’est très compliqué. J’ai eu honte pendant des années, croyant à tort que ces violences étaient de ma faute. Tout cela s’est arrêté j’avais 13 ans, je n’étais pas encore construite, et forcément on se construit en se basant sur l’exemple qu’on a autour de nous, et surtout l’exemple de nos parents. Je vous laisse donc imaginer comment je me suis construite, sachant que je n’ai pas été suivi par un psychologue à la suite de ça, c’est quelque chose que j’ai fait 10 ans plus tard.

La première chose que je voulais vous dire c’est que quand on parle de violences conjugales, il y a certes en première ligne les femmes et les hommes, mais il y a en deuxième ligne des enfants qui peuvent être témoin, voire même victime et je trouve dommage qu’on n’en parle pas plus, car si ces enfants-là ce ne sont pas prises en charge, ils peuvent se construire avec des béquilles et des fondations fragiles. Personnellement, j’ai développé plusieurs troubles une fois adultes. J’ai fait une dépression à 22 ans et un burnout à 25 ans, tous les deux lié à ce que j’ai vécu avec mon géniteur. Il est donc urgent de s’occuper également des enfants.

2. Les attentats.

Maintenant, je vais vous parler du deuxième traumatisme de ma vie, qui est le stress post-traumatique que j’ai développé huit mois après l’attentat du London Bridge et de Borough Market. Là encore, je ne vais pas revenir sur le détail de l’histoire, car j’en ai déjà parlé dans plusieurs articles. Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à cliquer ici. Quand on parle des attentats, on parle bien évidemment des victimes, des personnes qui étaient sur place, des personnes décédées, des personnes blessées, des témoins, des secouristes, des forces de l’ordre. C’est très important de parler de ces premières victimes, de ces personnes qui étaient là en première ligne, que ce soit pour les attentats ou les violences conjugales. Mais là encore, il y a quelque chose dont on parle un peu moins, ce sont les habitants du quartier, les témoins qui n’ont rien vu, mais qui ont tout entendu et qui ont développé des troubles. C’est ce qui m’est arrivé.

Ce soir-là, je devais être dans le quartier du London Bridge, mais j’ai changé d’avis et je suis resté chez moi. À l’époque, j’habitais à 15 minutes à pied du London Bridge et je travaillais à quelques mètres du pont. Ce qui veut dire que quand l’attentat s’est produit je n’ai certes rien vu, par contre j’ai tout entendu. J’ai été travaillé dans les jours qui ont suivi. Ça a été très compliqué, car je travaillais pour la Royal British Legion qui est une association caritative militaire, la plus importante du Royaume-Uni, et à l’époque on ne savait pas encore si les terroristes avaient prévu de s’attaquer au siège de l’association. Dans les jours qui ont suivi, l’ambiance était assez tendue, stressante et triste. Il y avait des barrages policiers, des journalistes, des dessins et des fleurs en hommage aux victimes. On avait tous peur d’aller travailler. Huit mois plus tard, j’ai développé un syndrome de stress post-traumatique. Ça a été une grande surprise pour moi, parce que je pensais à l’époque que pour développer un stress post-traumatique, il fallait être victime directe et ce n’était pas mon cas. Ce n’est que plus tard que j’ai appris que même si on n’est pas victime directe, même si on se trouve à côté, même si on reste chez soi, mais qu’on entend ce qu’il se passe, et bien ça peut nous traumatiser et c’est ce qui m’est arrivé.

3. La honte, la culpabilité et le chemin de guérison.

Pour ces deux événements, j’ai ressenti de la honte. J’ai eu honte pour mon géniteur, car je croyais que c’était de ma faute, et pour Londres j’ai eu honte parce que pour moi je n’avais pas le droit de me sentir mal. Il y a des personnes qui ont perdu la vie et d’autres qui ont été gravement blessés. Moi j’ai eu de la chance simplement parce que j’ai changé d’avis et que j’ai finalement décidé de rester chez moi. J’étais énormément triste, j’avais énormément mal à l’intérieur et j’avais honte de ressentir tout ça parce que je me disais que je n’avais pas le droit de me sentir mal étant donné que j’étais vivante. Je suis entré dans une sorte d’autoculpabilisation pour ce qui s’est passé avec mon géniteur et pour Londres, car pour moi il n’y avait pas lieu que je me sente mal étant donné que ces deux histoires se terminent bien pour moi.

Pendant plusieurs années, j’ai combattu cette souffrance à l’intérieur de moi pour la faire taire parce que pour moi elle n’avait pas lieu d’être. Jusqu’au jour où ça a explosé. Pour mon géniteur ça a été avec la dépression et le burnout, et pour Londres c’est quand le stress post-traumatique s’est déclaré. On a honte de se sentir mal parce qu’on n’est pas victime. Je ne me considère pas comme une victime ni de mon géniteur ni de l’attentat de Londres. Je sais que pour certaines personnes, c’est très important d’être reconnu comme victime et que ça les aide sur leur chemin de reconstruction. Pour moi c’est l’inverse. À titre personnel, ce n’est uniquement mon point de vue que je partage ici, le fait de me définir comme étant victime de ces deux événements là, ça me ferait replonger.

Pendant des années je m’en suis voulu de me sentir mal et j’avais honte de moi. Sauf qu’au bout d’un moment, il faut aussi se rendre à l’évidence que ce genre d’événement c’est quelque chose qui nous marque et qu’il est normal de se sentir mal, d’être triste et de souffrir. S’il y a une seule chose que je souhaiterais que vous reteniez de cet article, c’est que si jamais vous avez vécu des événements comme ceux que j’ai vécu, ou que vous avez eu un accident et que vous vous en êtes sortis, si vous avez été témoin d’une agression, d’un événement traumatisant et que vous vous êtes traumatisé maintenant, si vous vous sentez mal c’est normal. N’ayez pas honte de ça, ne vous culpabilisez pas parce que vous allez vous faire encore plus de mal.

On parle beaucoup de notre santé physique, du corps, de la beauté du corps. On parle moins de la santé psychique, de la santé mentale et comment en prendre soin. Quand on se coupe, quand on se cogne, on va avoir le réflexe de prendre un pansement ou une pommade. Mais quand on se blesse psychiquement on ne sait pas trop quoi faire. Si on va voir un psy, on peut se dire : « Ah bah je suis fou », alors que non. On nous apprend à prendre soin de notre corps et on nous apprend les gestes de premiers secours pour sauver une personne, et il faudrait faire la même chose pour la santé mentale. Il faut apprendre à prendre soin de soi sur le plan mental et être capable de prodiguer les premiers secours psychologiques à d’autres personnes quand c’est nécessaire.

4 Partages
Partagez4
Tweetez
Partagez
Enregistrer
Partagez